L'Express, 13.10.2005

Le mélo de Blanche-Neige

CINEMA Après Locarno, «Snow White» a fait un carton outre-Sarine. Le réalisateur Samir et son acteur, Carlos Leal, parlent de ce mélo sur la jeunesse friquée de la Goldküste zurichoise.

Dans «Snow White» vous racontez l'histoire d'amour d'une jeune fille riche de Zurich, Nico, avec un chanteur de rap romand, Paco, incarné par le leader du groupe lausannois Sens Unik, Carlos Leal... Quelle est la part de réalité dans le scénario?

Samir: C'est vrai que j'ai rencontré Carlos en 1993, quand j'ai fait le film documentaire, «Babylon 2» sur les enfants de l'immigration, les «secondos» comme moi: on y voit sa vie à Lausanne, sa famille originaire de Galice, son groupe de rap... Mais franchement, quand j'ai écrit les premières lignes du projet, je n'ai pas pensé à lui. Ce n'est qu'aprés que j'ai réalisé la proximité du sujet avec son histoire... Après, j'y ai mis aussi beaucoup de mes souvenirs. Je l'ai fait vivre à Genève dans un espace qui me rapelle ma propre enfance près du couloir aérien de Dübendorf.

Carlos Leal: Je pense quand même que son subconcient a dû pas mal le travailler!... Je dois dire que la première version du scénario que j'ai lue était beaucoup plus centrée sur Nico, le personnage de la fille. Ce n'est qu'avec le temps quem on personnage est devenu plus important.

Samir: C'est vrai qu'au fur et à mesure de l'écriture je me suis demandé quels étaient les personnages qui m'intéressaient le plus. Et finalement c'est plus celui de Paco, le chanteur qui me touche le plus.

Mais qu'est-ce qui vous intéressait le plus dans ce projet? La plongée dans la jeunesse friquée -et droguée- de Zurich?

Samir: Non. C'est le mélodrame qui m'intéresse. Vous savez, je suis né à Bagdad, en Irak, et y ai vécu jusqu'a l'age de 7 ans, avant mon arrivée en Suisse. Avec mes tantes là-bas, j'allais souvent au cinéma. Mon père avait aussi acheté une télé en 1958. J'y voyais surtout les mélos bollywoodiens ou égyptiens, ces films aux grandes émotions qui vous emportent... J'ai été marqué par cette expérience.

Comment est né le personnage de Nico, alors?

Samir: J'ai grandi dans une société patriarcale, certes, mais contrôlée par les femmes. Des femmes éduquées, diplômées, belles et puissantes. Pour moi, une fille ne pouvait jamais être une potiche, soumise et réservée. J'ai toujours aimé les caractères durs et forts. J'ai retrouvé ce type de femmes dans les endroits branchés de Zurich. Ce n'est pas le genre de lieu que je fréquente assidûment.
Mais comme je suis passionné par la musique, que j'essaie to toujours de me tenir au courant des nouvelles tendances avec mes amies artistes, je m'y retrouve de temps en temps - malgré mon âge (réd: 50 ans). Et j'ai connu plein de filles comme Nico qui, hélas, sont souvent déjà toutes mortes.

La drogue est aussi un des personnages importants du film.

Samir: Il n'est pas possible de représenter la jeunesse de Zurich dans un club, où tous ne boiraient que du Rivella!

Carlos Leal: Je connais bien Zurich et Lausanne. N'oublions pas qu aujourd'hui, en trois minutes, on y trouve un gramme de coke. C'est vraiment très facile. Beaucoup plus qu'à Paris, ou même à New York.

Samir: Ce mode de vie est le résultat d'une société de consommation totale.

Carlos Leal: L'héroine a été un fléau dans les années 1990. J'ai enterré pas mal de potes à moi. Il faut en parler aussi. Car je suis déçu de l'image que la Suisse donne à l'extérieur. Tellement lisse, tellement parfaite qu'elle en devient antipathique. On aime les gens parce qu'ils on des défauts. Ce film montre certains défauts de la société suisse. Et je trouve intéressant qu'il soit vu aussi à l'étranger.

Inégal, mais foisonnant

«Snow White», à savoir Blanche Neige...Un titre pour trois raisons: La blancheur de la neige, symbole de l'apparente pureté helvétique; la naiveté apparente d'une princesse immaculée de la Goldküste zurichoise; et la neige en poudre qui pourit tout au sein de cette jeunesse désoeuvrée, ennuyée, qui erre sans but dans les nuits de la métropole alémanique. Mélodrame assumé, le film de Samir raconte l'histoire d'amour entre un fils de pauvres et d'immigrés, un Romand devenu chanteur de rap à succès, et une fille de bonne famille bourgeoise de Zurich. De peur de perdre le séduisant (et radical) chanteur, la belle lui cache ses origines aisées...Un mensonge par omission qui finit par faire mal tourner le récit. Film inégal mais foisonnant, «Snow White» est sans doute - comme nombre de films précédents du réalisateur - un exellent précipité de l'état de la jeunesse ici et maintenanat.
 
     
Last update: 20.01.2006, Dschoint Ventschr Filmproduktion